Dîner des mécènes BnF
7 juin 2010
Discours de M. Frédéric MITTERRAND,
ministre de la Culture et de la Communication
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Dîner des mécènes de la BnF
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BnF, site Tolbiac
Lundi 7 juin 2010, 21h
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- Monsieur le président de la Bibliothèque nationale de France (Bruno RACINE),
- Madame la directrice générale (Jacqueline SANSON),
- Monsieur le président du Cercle de la Bibliothèque nationale de France (Jean-Claude MEYER),
- Monsieur le président des Amis de la Bibliothèque nationale de France (Olivier SICHEL),
- Mesdames et messieurs de l'Académie française,
- Mesdames et Messieurs les membres du Jury du Prix de la BnF,
- Mesdames, Messieurs,
- Chers amis,
- «Le paradis, à n'en pas douter, n'est qu'une immense bibliothèque». Cette pensée quasi «borgésienne» de Gaston BACHELARD suggère à quel point la bibliothèque est par excellence l'espace du rêve et de l'imaginaire. Mais elle est en même temps, et indissociablement, un espace social et politique fondamental, un lieu privilégié de l'intérêt général d'une nation.
- C'est dans cet esprit qu'il y a près de cinq siècles, FRANÇOIS Ier inventait un système révolutionnaire, si je puis dire, inspiré lui aussi du modèle de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie où l'on copiait tout livre arrivant sur le territoire: c'est le système du dépôt légal. Par ce geste fondateur, qui instaure l'obligation de déposer un double de tout livre imprimé mis en vente dans le royaume, il inaugurait symboliquement ce qui est devenu l'une des plus grandes bibliothèques du monde, aujourd'hui sous le nom de «Bibliothèque nationale de France».
- Mais pour indispensable qu'il soit, le dépôt légal n'est évidemment pas suffisant, ne serait-ce que parce qu'il ne concerne que les imprimés. L'enrichissement des collections patrimoniales de la Bibliothèque repose aussi sur une subvention annuelle de l'Etat: c'est le socle sur lequel prospèrent les collections de toute nature qui sont conservées par la Bibliothèque, des monnaies et médailles aux partitions de musique, des enregistrements sonores aux jeux vidéo, sans oublier ces spectaculaires globes de CORONELLI...
- Et, bien sûr, depuis toujours, à l'action de l'Etat s'est ajoutée celle de généreux donateurs qui ont permis à la Bibliothèque d'acquérir des trésors toujours plus coûteux, notamment les manuscrits. Cet apport de la société civile dans l'accroissement du patrimoine national est essentiel. Il rappelle que la culture n'est pas seulement une affaire d'Etat, une affaire de l'Etat, mais l'affaire de tous et je dirais de chacun.
- Depuis trois ans, ce «dîner des mécènes» devenu quasiment rituel permet de réunir et de remercier ceux dont la générosité rend possible l'acquisition de nouveaux trésors. Cette année, il y a eu l'entrée, saluée par la presse et plébiscitée par le public, du manuscrit de l'Histoire de ma vie de CASANOVA, que vous pouvez admirer dans ces vitrines toutes proches. Et ce soir, grâce à vous et à votre présence, un fonds VALÉRY, lui aussi exposé dans cette même salle, composé de lettres, de carnets de notes, d'admirables dessins, mais aussi d'une édition annotée de La Jeune Parque, pourra sans doute intégrer prochainement le département des Manuscrits. C'est pourquoi je voudrais adresser mes plus chaleureux remerciements à toux ceux qui vont, ce soir, contribuer à cette extraordinaire acquisition.
- Grâce aux efforts conjugués du CERCLE DE LA BNF et des AMIS DE LA BNF, présidés respectivement par MM.Jean-Claude MEYER et Olivier SICHEL, chaque année ce petit miracle devient possible: qu'ils en soient, ce soir, particulièrement remerciés.
- Ce dîner est aussi, pour la première fois, l'occasion de distinguer un travail exceptionnel de restauration. Grâce à la générosité de M.Hubert HEILBRONN, Président d'honneur des Amis de la BnF, que je remercie également, ce nouveau Prix permettra notamment, cette année, de remettre en état un Atlas du XVIe siècle.
- Enfin, et pour la 2e année consécutive, nous avons ce soir l'immense plaisir de remettre le Prix de la Bibliothèque nationale de France, généreusement doté par Jean-Claude MEYER, qui distingue un auteur pour l'ensemble de son œuvre. Le jury a choisi de décerner à Pierre GUYOTAT, que je tiens tout d'abord à féliciter chaleureusement de ce succès mérité.
- Jusqu'ici, Cher Pierre GUYOTAT, vous étiez déjà doublement présent à la BnF: non seulement, bien sûr, par le dépôt légal, mais aussi grâce au don, consenti en 2004, de vos précieuses archives manuscrites et audiovisuelles, désormais accessibles aux chercheurs.
- Il n'est guère aisé de définir votre œuvre, inclassable, multiforme, irréductible à un genre, et pourtant immédiatement reconnaissable par son style absolument unique qui, chez vous plus que chez tout autre, «est l'homme même».
- Cette œuvre puissante puise à la source d'expériences fondatrices fortes: celle de l'enfance dans le village de Bourg-Argental, au plus près d'une vie paysanne âpre et concrète; mais aussi, bien sûr, celle de la guerre d'Algérie. Pendant deux ans, entre 1960 et 1962, vous êtes un appelé comme les autres, mais si j'ose dire, un «appelé» à voir et à sentir bien d'autres choses que les autres. Observateur aigu des scènes de la vie militaire, contestataire courageux de ses dérives - ce qui vous vaut l'arrestation et le cachot -, vous éprouvez une profonde empathie pour ce pays, et vous demeurez étonné, au sens fort du terme, par la vision du désert, où vous reviendrez souvent, comme en pèlerinage. Ce monde aride - page blanche ouverte à tous les drames - sera désormais, et pour de nombreuses années, votre monde fictionnel d'élection.
- L'épreuve algérienne agit comme un révélateur sur le jeune auteur que vous êtes, qui a déjà publié deux ouvrages remarqués dans la collection dirigée par l'un de vos découvreurs, Jean CAYROL. À l'âge de vingt-trois, vous allez écrire, dans une sorte de rage hallucinée, ce bouleversant chef-d'œuvre, cette sorte d'«Iliade du XXe siècle» qui brasse toutes les guerres de l'humanité, depuis l'âge des cavernes jusqu'aux guerres de décolonisation: je parle bien sûr du Tombeau pour cinq cent mille soldats, publié en 1967, un texte plein de fureur et de fracas qui vous assure une célébrité immédiate, et sera par la suite porté sur la scène par Antoine VITEZ, au Théâtre national de Chaillot.
- En 1970, c'est Eden, Eden, Eden, un fulgurant récit de guerre lui aussi, le livre par lequel le scandale arrive. Frappé d'interdiction, l'ouvrage est vigoureusement défendu, à la Chambre, par un député du nom de François MITTERRAND. La mobilisation des artistes, des intellectuels et des politiques, est immense.
- Mais par delà l'affaire, par delà le scandale, Eden est avant tout un événement littéraire essentiel, un geste pionnier, avec cette ample phrase unique qui se déploie, gronde et ondule sur toute la durée du livre. Comme sous l'action d'une nécessité intérieure, la langue se transforme, se retourne, se torture même, pour mieux rendre les modulations du désir et de toutes les passions humaines, pour donner lieu et vie à ce que vous appelez l'«œuvre en langue». C'est une langue qui plonge dans l'épaisseur historique du français et puise à ses racines médiévales, humanistes et baroques, avant le XVIIe siècle classique et normalisateur de l'Académie et des dictionnaires. D'autres sources viennent nourrir cette langue, et charrier les alluvions de sa mémoire, celles des patois, des dialectes, des parlers paysans, de la parole vive de ceux qui sont au plus près de la matière de l'expérience.
- Cette matérialité d'une parole qui prend corps, elle travaille en profondeur votre œuvre, qui tend constamment vers une forme d'oralité et d'incarnation scénique: ce sont, au Festival d'automne et à l'invitation de l'ancien ministre de la Culture Michel GUY, Bond en avant, puis Bivouac, tous deux mis en scène par le regretté Alain OLLIVIER, qui vient de nous quitter et dont je salue la mémoire. Puis c'est une série d'«Improvisations» au Centre Georges-Pompidou, à l'orée des années 90, qui vous permettent une «extension du domaine de l'expérimentation poétique», à travers des spectacles où, seul en scène, vous vous mettez physiquement à l'épreuve en chantant, pour ainsi dire, l'œuvre improvisée, et en donnant libre cours à cette imagination que les Romantiques allemands appellent la «Fantaisie».
- Ce parcours encore inachevé, il a conduit, dans la récente trilogie de Coma, Formation et Arrière-fond dont le dernier volume vient de paraître, à l'examen autobiographique: loin de la simple récapitulation des événements qui composent une existence, ces récits lumineux interrogent finalement les origines - les vôtres, celles de votre parole - comme s'il avait fallu en passer par l'exploration des siècles, du monde et de leurs bouleversements perpétuels pour être enfin à même de retrouver la véritable dimension du moi intime, dans toute sa profondeur et sa pleine résonance.
- En somme, ce Prix vient couronner de façon emblématique une œuvre tout entière tournée vers le public des lecteurs et des spectateurs, selon une ambition et une exigence que la Bibliothèque nationale de France incarne par excellence.
- C'est pourquoi je voudrais, pour finir, renouveler mes remerciements aux généreux donateurs qui, jour après jour, année après année, et de concert avec l'Etat, permettent de réaliser et de faire vivre, depuis sa fondation par FRANÇOIS Ier, cette utopie séculaire d'une bibliothèque pour tous et pour chacun.
- Je vous remercie.
Communiqué de Presse BnF : Prix Jean-Claude Meyer
Communiqué de Presse BnF : Prix Hubert Heilbronn
Pierre Guyotat, lauréat du Prix de la BNF 2010
Publié le 08 juin 2010 par vt, avec afp
(Photo : Pierre Guyotat aux Etats-Unis)
L'écrivain et dramaturge Pierre Guyotat a été couronné par le Prix de la BNF 2010, qui récompense pour l'ensemble de son oeuvre un auteur de langue française, ayant publié dans les trois années précédentes. Il succède à Philippe Sollers.
L'écrivain et dramaturge Pierre Guyotat a été couronné par le Prix de la BNF 2010, qui récompense pour l'ensemble de son oeuvre un auteur de langue française, ayant publié dans les trois années précédentes, a annoncé mardi la Bibliothèque nationale de France.
Pour Bruno Racine, président de la BNF, "Pierre Guyotat, c'est une des voix les plus puissantes de notre littérature, qui convertit la matière de sa vie en une épopée hallucinée et plonge dans les profondeurs de la sexualité et de la cruauté".
Né le 9 janvier 1940, Pierre Guyotat publie en 1967 Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard), qui mêle sexe et guerre et connaît un grand retentissement. Le général Massu fait interdire le livre dans les casernes françaises en Allemagne. Il se lie avec Philippe Sollers, prix de la BNF l'an passé, et fréquente le groupe "Tel Quel", dont il se détachera à partir de 1973.
En mai 68, Guyotat crée avec Nathalie Sarraute et Michel Butor l'Union des écrivains. En 1970, paraît Eden, Eden (Gallimard), aussitôt interdit par le ministère de l'Intérieur à l'affichage, la publicité et la vente aux mineurs. L'interdiction ne sera levée qu'en 1981.
Il poursuit son oeuvre, riche de plusieurs textes, entretiens et pièces de théâtre. En 1990, le président Mitterrand commande des portraits pour le futur grand hall de la BNF. Celui de Pierre Guyotat est peint par Bernard Dufour. En 2004, l'auteur fait don de ses archives à la BNF.
Après Coma (Mercure de France) en 2006, qui avait reçu le prix Décembre, et Formation (Gallimard) en 2007, paraît en mars 2010 son troisième récit autobiographique, Arrière-fond (Gallimard). Léo Scheer publie simultanément Explications, où il parle de son enfance et de son parcours intellectuel sous forme d'entretiens avec Marianne Alphant.
De nombreux autres textes inédits sont à paraître.
Doté de 10.000 euros, grâce à Jean-Claude Meyer, président du Cercle de la BNF, ce prix est aussi assorti d'une bourse de 8.000 euros encourageant des travaux de recherche universitaire sur l'oeuvre de l'écrivain lauréat du prix.
Le jury, présidé par Bruno Racine, est composé de neuf autres membres dont Laure Adler, Edouard Glissant, Julia Kristeva ou Elisabeth Lévy.
Pierre Guyotat est l'écrivain lauréat du prix de la BNF 2010
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Pour sa deuxième édition, le prix de la BNF 2010 est attribué à l'écrivain et dramaturge Pierre Guyotat. Il succède à Philippe Sollers, couronné par le prix de la BNF 2009. Une récompense qui gratifie un auteur de langue française, ayant publié dans les trois années précédentes, pour l'ensemble de son oeuvre.
Le prix est accompagné d'une dotation de 10.000 euros et assorti d'une bourse de 8.000 euros encourageant des travaux de recherche universitaire sur l'oeuvre de l'écrivain lauréat du prix.
Le jury, présidé par Bruno Racine, compte également Jean-Claude Meyer, vice-président, ainsi que Laure Adler, Elisabeth Lévy, Jean-Claude Casanova, Julia Kristeva, Antoine Compagnon, Marc Fumaroli, Edouard Glissant et Colette Kerber.
Pour Bruno Racine, président de la BNF, "Pierre Guyotat, c'est une des voix les plus puissantes de notre littérature, qui convertit la matière de sa vie en une épopée hallucinée et plonge dans les profondeurs de la sexualité et de la cruauté".
lien vers une interview de Pierre Guyotat




